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Pamela Daccache : «l’université nous ment»

Elle se fait appeler Pam, elle est libanaise et depuis 10 ans, sa spécialité est la traduction. Au quotidien, elle traduit de l’espagnol vers l’anglais ou le français, de temps en temps elle interprète pour des organisations sociales et le reste du temps, elle enseigne. Aujourd’hui, elle nous livre son expérience et ses conseils sur le métier de traducteur.

Oui Merci Académie : À quelle occasion t’es-tu tournée, pour la première fois, vers la traduction ?

Pam : “J’ai toujours aimé lire. J’ai commencé à apprendre l’espagnol toute seule à 15 ans pour le plaisir, c’est alors que je me suis dit que je parlais déjà français, anglais, arabe et avec l’espagnol en plus, je pourrais faire une bonne traductrice. Je me voyais déjà lisant des romans toute la journée. J’ai donc commencé mes études de traduction et je me suis vite rendue compte qu’il est très compliqué d’arriver à traduire un auteur connu, et qu’ avant d’y arriver, traduire la littérature n’était pas rentable et pas aussi intéressant que je l’imaginais.”

“Je me voyais déjà lisant des romans toute la journée”
Pamela Daccache
Pamela Daccache "L'université nous ment"

Tu fais aussi autre chose que de la traduction. Est-ce que ce n’est pas rentable ?

“C’est parce que j’aime tellement la traduction que je ne veux pas y dédier toutes mes journées afin de maintenir mon enthousiasme. D’ailleurs je conseille à tout le monde en général d’avoir plusieurs activités, ce qui entretient le plaisir et la stabilité, comme on l’a vu avec la pandémie. Dans mon cas, je faisais beaucoup de formations en cette période et j’étais au Rwanda quand on m’a rapatriée aux Philippines où je vivais alors. Toutes les formations avaient été annulées et j’étais bien contente d’avoir une autre corde à mon arc. C’est la traduction qui m’a secourue.”

Tu as aujourd’hui ta propre agence de traduction, c’est plutôt pour faire les choses à ta manière ou pour t’affranchir d’un patron ?

“Les deux (rires). Pendant mes études, j’ai dû faire des stages dans des agences de traduction. J’ai appris plein de choses essentielles comme la gestion des fichiers, des clients, des dates, comment nommer un document… J’ai aussi découvert que je ne voulais vivre ce rapport de hiérarchie entre le chef (un homme) et les traductrices (des femmes). J’ai vu les différences culturelles aussi entre l’agence française, ma première expérience, et l’agence espagnole. J’ai noté ce que j’ai aimé et ce que je voulais changer et j’ai créé ma propre agence. C’était (c’est) important pour moi d’assumer ma liberté, même si c’est difficile. Il m’a fallu trois ans pour gagner ma stabilité. C’est un risque au départ, mais quand tu sais que tu peux gagner en 2 jours ce qu’un employé gagne par mois, ça donne envie d’essayer. Aujourd’hui, j’ai des mois à 5000€ et des mois à 1000€, le concept de stabilité est relatif, mais je veux dire qu’il est possible de vivre de la traduction.»

«Quand tu sais que tu peux gagner en 2 jours ce qu’un employé gagne par mois, ça donne envie d’essayer»

Comme tu parles de prix, comment ça fonctionne ?

“Dans une agence, tu es payé un prix fixe par mois. Les indépendants fixent leur prix au nombre de mots. Dans mon cas, j’ai toujours un minimum de 20€, quelle que soit la longueur du texte. En général, le client donne un délai suffisant, mais si c’est urgent c’est plus cher. Le plus rentable, c’est une grande entreprise, de gros paragraphes et des documents longs.

Pour les interprétations, c’est épuisant et mon critère principal, c’est le prix. Pour avoir un ordre d’idée, les services sociaux paient 25€ de l’heure, ce qui est très peu. En revanche, une entreprise normale paie 120€ de l’heure, un tarif correct pour l’effort fourni. Il faut savoir aussi que les prix varient selon les langues. Les langues européennes ont généralement le même tarif de traduction alors que le prix augmente pour d’autres alphabets, mais il y a aussi moins de demandes.”

Un traducteur indépendant peut-il entrer en concurrence avec une agence de traduction?

Traducteur indépendant
“Il peut surtout collaborer avec les agences. Elles ont besoin de traducteurs.”

Quand on est traducteur indépendant, comment trouver des clients ?

“Ce qui fonctionne le mieux, c’est le bouche à oreille. Il est important de se créer un réseau (sur Linkedin par exemple) et de rester en contact avec tout le monde. Dès que je me présente, j’annonce que je suis traductrice. Aujourd’hui je reçois encore des clients grâce à une élève que j’avais il y a 10 ans.

Je pense que le plus important est de se spécialiser dans certaines langues et surtout dans le sens de traduction, dans mon cas, de l’espagnol vers le français ou vers l’anglais. Même si je parle très bien espagnol, je ne me sens pas légitime pour traduire vers l’espagnol et les traductions prendraient plus de temps.

Au contraire, l’université nous incite plutôt à choisir un domaine de spécialisation qu’une langue alors que dans une agence on doit faire tout un tas de traductions variées. La spécialisation dans un seul domaine ne correspond pas à la réalité. Les premières traductions juridiques ou médicales sont difficiles mais on apprend et on monte en compétences.

On imagine le traducteur indépendant en pyjama avec sa tasse de thé ou au bord de la piscine d’un hôtel. Cliché ou réalité ?

«Oui, j’ai déjà travaillé dans ces conditions et la flexibilité horaire est un vrai plus. Parfois je veux finir un document donc j’enchaîne 10h dans la journée puis le lendemain je fais autre chose, mais dans mon cas, 10h toute seule, c’est beaucoup plus productif qu’en entreprise. Il y a aussi l’expérience qui entre en jeu. Aujourd’hui je traduis environ 4000 mots par jour, alors qu’à la fin de mes études je faisais environ 2000 mots. Pour rester concentrée, je garde toutes mes factures pour la fin du mois et j’y passe environ 2 ou 3 heures. Aussi, je garde tous mes documents sur le nuage (dans google drive) pour éviter de perdre tout mon travail à cause d’un problème informatique et parfois un client te pose une toute petite question et tu n’es pas devant ton ordinateur.»

On dit que les traducteurs assermentés ont plus de travail. Tu recommandes aux étudiants de se faire assermenter ?

«Pas du tout. C’est un examen officiel qui n’est pas nécessaire. Tu peux envoyer le texte à un collègue assermenté. De plus, les textes courts et officiels comme un extrait de naissance par exemple sont assez désagréables à traduire.»

On entend beaucoup parler d’intelligence artificielle en ce moment. Selon toi, le métier de traducteur est-il voué à disparaître ?

«Pas dans les 50 prochaines années au moins, d’une part parce que c’est illégal de faire traduire par un robot, car une erreur minime dans la dosification d’un médicament peut tuer des milliers de personnes et d’autre part parce qu’un ordinateur n’aura jamais accès à tout le contexte qu’un humain peut avoir. Enfin, les clients savent très bien reconnaître une bonne d’une mauvaise traduction, et ils sont exigents.»

«Le monde n’est pas que concurrence, entre collègues, on peut aussi se tendre la main.»

Pour terminer, tu aurais des conseils à donner aux étudiants en traduction ?

«Bien sûr ! La première chose est de ne pas se vendre comme un débutant. Vous êtes traducteurs, vous travaillez à un prix correct quitte à passer plus de temps sur chaque texte. Ne rabaissez pas les prix, ça fait du mal à toute la profession, et vous perdrez vos clients quand vous leur annoncerez que vous augmentez vos prix. N’attendez pas d’avoir fini vos études pour commencer à traduire. Il existe plusieurs sites comme : translatorpub.com, Proz.com, Translatorscafe, ou même Facebook où vous pouvez vous inscrire et recevoir vos premières missions. Commencez un glossaire personnel dès que possible, où vous noterez le vocabulaire que vous réutiliserez ensuite dans d’autres traductions. Aujourd’hui on peut acheter le glossaire d’autres traducteurs mais rien ne vaut celui que vous ferez vous-même. Enfin, créez votre réseau le plus tôt possible. Vous me trouverez sur linkedin ici. Certaines agences, comme la mienne, aiment donner l’opportunité aux jeunes traducteurs et parce qu’on me l’a donnée, je peux l’offrir à mon tour. Le monde n’est pas que concurrence, entre collègues, on peut aussi se tendre la main.»

Très beau mot de la fin. Merci infiniment Pam pour cet entretien très riche en apprentissages. On peut te retrouver sur Linkedin et sur la page web de ton agence.

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